Quatre livres pour bronzer techno

La semaine dernière, à l’émission La Sphère à la Première chaîne de Radio-Canada, j’ai suggéré des lectures d’été pour bronzer techno. Pas techno comme dans coder. Mais techno comme technosociété.

Qu’on le veuille ou non, Internet et la technologie ont pris beaucoup d’espace dans notre société, je vous propose quatre livres pour réfléchir de diverses façons sur la technologie ou sur son impacts sur nos vies, les affaires, la société, etc.

L’extrait audio est disponible ici. Ci-dessous, vous trouverez mes commentaires pour chaque livre.

Mon site web chez le psy

Sous-titré 50 pratiques exemplaires dévoilées aux gestionnaires de PME, ce livre de de Stéphanie Kennan aux Éditions Transcontinental. sortie en mars dernier (133 pages), est pour moi une introduction pour démystifier la technologie et le marketing web.


C’est le plus léger des quatre et c’est vraiment comme ça qu’il faut le prendre. Le livre offre des trucs utiles, faciles à saisir, afin de mettre à profit le web, dans un cadre d’affaires. 

Le livre répond à des questions, comme si elles étaient posées par votre site web sur le divan d’un psy:

Pourquoi mon site est ennuyeux? Pourquoi mon site n’apparaît pas sur la première page de Google? Pourquoi mon site est-il si lent? Pourquoi aurais-je besoin d’un blogue sur mon site web? Etc. 

Les questions et réponses tiennent en général en 2 pages et c’est agréable à consulter. Agréable comme le blogue de l’auteure d’ailleurs.


Sous-titré Les architectes de l’information face à l’oligopole du Web, ce livre de Jean-Michel Salaün, aux Éditions La Découverte (151 pages), se veut un compte-rendu de sa réflexion bibliothéconomique du web.

Il est ce professeur à l’École normale supérieure de Lyon et ex-directeur de l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal (2005-2010) — son blogue est une mine d’or!

Ici, on monte d’un cran. 


Ce livre s’adresse à ceux qui s’interrogent sur la place du web dans une histoire plus longue. Plus particulièrement, il place le web dans la continuité de la bibliothèque comme institution. Et dans ce sens, le web poursuit un projet millénaire.

Une bibliothèque est centrée sur le «document». Le web aussi. Les deux ont pour but de partager les documents.

À partir de cette similitude, Jean-Michel bâtit un ingénieux modèle pour expliquer que «maintenant le document n’est plus qu’un ensemble de signaux dans un vaste flux» où apparaissent des «néodocuments».

Sur le web, le «je» est un exemple de ce néodocument! L’usager se transforme, avec les outils des réseaux sociaux et des blogues, en document (identité numérique, avatar, etc.) — ou plutôt, on a radicalisé cette transformation!
Il développe aussi l’idée d’un oligopole du Web que sont les Apple, Google et Facebook de ce monde et qui tente (et réussie jusqu’à un certain point) de maîtriser ces nouveaux flux et donc à contrôler les documents sur le web — et par extension, si nous sommes devenus des documents, un peu nous tous.

De Boris Baude, géographe, chercheur au sein du laboratoire Chôros de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (Epfl) et Maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris.

Ce livre aussi cherche à montrer comment Internet change la société dans son ensemble, mais cette fois-ci à travers une géographie du virtuel en posant la question: de quoi Internet est-il l’espace?
On dit souvent qu’Internet abolit l’espace, or M. Beaude dit qu’au contraire, Internet crée de nouveaux espaces avec de nouvelles propriétés.
Cet espace internet est un espace relationnel. Mais cet espace n’est pas situé dans un lieu.
On présente souvent Internet comme des versions dégradées des interactions face à face, en personne, or M.Beaude rappelle que l’interaction déborde le strict cadre du face-à-face et qu’Internet a permis toute une dimension relationnelle de s’exprimer de façon multiple et sans contrainte de frontière.
«La capacité d’Internet à créer du contact réticulaire en dépit de la distance territoriale offre aussi une opportunité considérable d’organisation, de production et de coordination. L’intelligence collective, la sagesse des foules ou le crowdsourcing sont autant de notions qui ont émergé de ce potentiel.»
Mais il ne tombe pas dans l’angélisme et fait remarquer aussi qu’il y a un très grand risque de vulnérabilité dû à la concentration et la centralisation excessive, qu’il appelle «l’hypercentralité» qui tend à regrouper l’essentiel des pratiques en un nombre très limité d’espaces et par un nombre limité d’acteurs privés — ce que Salaün nomme l’oligopole dans le livre mentionné plus haut.

«Le Monde est plus uni, mais il est aussi plus divers, tant il se donne les moyens de l’innovation intense, […] qui contribuent à l’émergence de singularités insoupçonnées. Ce n’est pas tant à l’homogénéisation du Monde que nous assistons qu’à celle des processus de différenciation».


Le sous-titre est en soi un roman: Rethinking Knowledge Now That Facts Aren’t Fact, Experts Are Everywhere, and the Smartest Person in the Room is the Room (256 pages)
«Repenser le savoir, car maintenant les faits ne sont plus des faits, que les experts sont partout et que la personne la plus intelligente dans cette pièce est la pièce elle-même»
David Weinberger n’est plus à présenter. Il est l’auteur de :
Everything Is Miscellaneous: The Power of the New Digital Disorder (2008)
The Cluetrain Manifesto: The End Of Business As Usual (classique des geeks! des années 2000)
Small Pieces Loosely Joined: A Unified Theory Of the Web  (2003)
Dans ce livre, plusieurs idées. Une d’entre elles part du principe que la somme colossale de données qu’il faut amassées pour comprendre des phénomènes complexes (météo, économie, mouvement social) dépasse de loin les capacités d’un seul cerveau humain et qu’il faut déployer une science en réseau.
«Mais que peut-on faire avec une connaissance scientifique qui serait trop énorme pour être comprise?»
En transformant ce que veut dire «comprendre» en terme scientifique!
On a déjà eu ce type de révolution où les scientifiques ont dit que pour comprendre le monde, il fallait le découper en petits morceaux vérifiables (réductionnisme).
Mais voilà que nous nous retrouvons avec trop de petits morceaux! Les modélisations sont si complexes que nous ne savons pas les interpréter.
Seuls les cerveaux artificiels seraient en mesure d’appréhender de telles complexités.
«This new knowledge requires not just giant computers but a network to connect them, to feed them, and to make their work accessible. It exists at the network level, not in the heads of individual human beings.»
Et ce n’est qu’une des idées du livre. Et pour vous en donner un avant-goût, savourer le blogue dédié aux thèmes du livre, c’est passionnant!
Bonne lectures d’été!

Conférencier, consultant en stratégie web et réseaux sociaux, chargé de cours. Nommé un des 8 incontournables du Montréal 2.0 (La Presse, 2010). Je tiens ce carnet depuis 2004.

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