Le contenu n’a plus de valeur

En discutant cet après-midi avec la tête de l’équipe numérique de Protégez-vous, dont je suis membre du conseil d’administration, je leur faisais remarquer comment les médias devaient prendre note de la montée du social dans le partage de contenu.

Il me semble que l’attrait du contenu, dans un monde de surabondance, n’est plus le même : à part quelques sites à la tête de la longue traîne, tout site qui n’aura pas une composante sociale qui propulse le contenu dans les interstices des réseaux sociaux tombera dans les franges de la marginalité. 
Pour un média, ce n’est pas rassurant. 
Et comme par hasard, je tombe sur ce graphique qui illustre la percée faramineuse de Facebook. Les données ne concernent que les Américains, mais l’onde de choc se rendra partout ailleurs par la suite.
Quand le temps de présence en ligne passe par un réseau social, il faut compter sur les citations, et uniquement les citations, pour espérer avoir de la visibilité.
J’écrivais il y a un an et demi que nous venions vivre une décennie de progression exponentielle des médias sociaux en ligne et que nous commencions maintenant à entrer dans une autre de consolidation. Ce graphique illustre tout à fait le type de danger pour toute compagnie média de ne pas prendre acte que le contenu n’a plus de valeur, mais que c’est la référence qui en a.
[PS du 29 septembre 2011: les critiques ne se sont pas fait attendre: les voici]

[PS du 28 octobre 2011: J’ai donné une (petite) conférence sur le sujet lors du CommunityCamp du 26 octobre 2011 à Montréal. Vous y trouverez mes diapositives]

Graphique via AllThingsD

Conférencier, consultant en stratégie web et réseaux sociaux, chargé de cours. Nommé un des 8 incontournables du Montréal 2.0 (La Presse, 2010). Je tiens ce carnet depuis 2004.

9 réponses à “Le contenu n’a plus de valeur” Subscribe

  1. Alain Lépine 29 septembre 2011 à 19:59 #

    Salut Martin,
    Il faudrait comparer se tableau avec la valeur du temps absolu passé sur Internet pendant cette même période. Cela permettrait de savoir si les gens passent plus de temps dans les médias sociaux au détriment du temps passé à faire des activités de recherche et de lecture. D’autre part, cela prend du contenu pour rayonner dans un média social. Le contenu à donc encore beaucoup de valeur. Reste à s’assurer qu’il a assez d’attrait pour devenir objet de référence.

  2. Hubert Guillaud 30 septembre 2011 à 11:26 #

    Est-ce le contenu qui n’a plus de valeur, où l’immédiateté de nos relations qui lui enlève toute valeur ?

    http://blog.bitly.com/post/9887686919/you-just-shared-a-link-how-long-will-people-pay

    La durée de vie d’une citation, d’un lien est extrêmement courte sur les réseaux sociaux.

    Les sites sociaux captent autre chose il me semble comme le montre très bien ton billet suivant : http://zeroseconde.blogspot.com/2011/09/les-commentaires-ont-de-la-valeur.html Ce n’est pas le contenu qui a de la valeur. Ce sont les réactions. Ce sont les commentaires qui nous font revenir aux liens ! C’est l’échange autour des liens que nous partageons. Les liens ne sont qu’un sel. D’ailleurs, beaucoup de commentateurs parlent sans lire ou sans comprendre. Ce n’est pas le contenu qui a de la valeur, c’est sa capacité à susciter de l’échange ou du commentaire et ce d’autant plus quand les réseaux sociaux nous enferment dans une immédiateté absolue.

  3. Martin K. 3 octobre 2011 à 00:39 #

    Je ne comprends pas bien comment tu arrives à cette conclusion.

    Sans contenu, pas de recommandation sur les réseaux sociaux. C’est donc la base. Que ce contenu soit textuel, sous la forme d’une vidéo, d’un service, d’un produit ou d’une application en ligne ou hors ligne n’a pas d’importance. Le contenu reste essentiel, pour susciter l’intérêt des gens.

  4. Martin Lessard 3 octobre 2011 à 01:50 #

    Martin K.
    Quand un produit devient une « commodité » (un peu comme de la gomme à mâcher ou un stylo bille) sa valeur de vente ne porte plus sur le produit lui-même (la gomme, le crayon) mais sur l’emballage, la forme, la pub, et comme critère différentiel.

    Si on décide de créer du contenu pour donner de la valeur à son site (pdf, rapports, etc), la valeur viendra de son partage et la référence et non du contenu lui-même. L’intérêt autour du contenu, les motifs qui le font percoler dans le réseau, sa valeur d’être retransmis sont les critères différentiels entre des contenus devenus une « commodité »…

  5. debo 3 octobre 2011 à 20:34 #

    Je pense aussi que la conclusion de l’article n’est pas nécessairement vrai.

    Il faut prendre en compte la prémisse suivante : Qu’est-ce qui fait qu’un contenu est partagé ? C’est bien sa nature, son fond d’abord. La forme est une aide, car un beau texte illisible (ou non accessible !) n’aura pas non plus l’impact qu’il mérite. Mais la forme ne pourra pas venir en remplacement d’une absence de contenu. En tout cas, pas de façon pérenne.

    Martin K. connaît lui aussi les problématiques de référencement naturel. J’ai très bien vu par expérience à quel point des contenus créés dans une optique de qualité « travaillent » d’eux-mêmes. Pas besoin de netlinking : ces contenus sont partagés spontanément parce qu’ils sont créés pour les internautes, avec optique de qualité (travail journalistique, savoir sourcer), parce qu’ils s’inscrivent dans une stratégie éditoriale, parce qu’ils répondent à une demande précise et se différencient des autres existants (aspect marketing !).

    Ce type de contenu est pérenne, parce que l’auteur fait lui-aussi preuve d’honnêteté intellectuelle et respecte le lecteur. C’est d’ailleurs pour l’auteur beaucoup plus satisfaisant à produire qu’un texte optimisé (blabla) ou juste pour éviter du duplicate content (paraphrase). Faire de la qualité, c’est pérenniser toute la chaîne de production !

    On peut se poser tout de même une question relative à la personnalisation des résultats dans les moteurs de recherche : dans quelle mesure peut-on susciter la découverte si ce qu’on nous propose, c’est ce qui est déjà partagé par nos amis, ce qu’on aime déjà ? C’est ça le biais véritable de ce critère « social ».

  6. Éric Léveillé 6 octobre 2011 à 18:50 #

    Salut Martin,

    Bon billet! La valeur du contenu peut être évalué selon plusieurs points de vue. Par exemple, le blogueur pèsera la valeur du contenu selon sa popularité potentielle auprès de sa communauté d’intérêt et selon l’opportunité d’enrichir sa « marque ». Ce sont ces paramètres qui lui permettront de se présenter comme une référence. En ce sens, je te suis, parce que le contenu en tant que tel, même si de qualité, peut représenter plus ou moins de valeur selon sa popularité et potentiel de partage vs la ‘marque’ du blogueur. Par ailleurs, le simple lecteur continuera d’évaluer la valeur d’un contenu selon l’importance de son besoin. Il continuera de payer pour un livre numérique, un article spécialisé, un conseil avisé et précis (s’il ne le trouve pas gratuitement et facilement). etc…D’autre part, les éditeurs ont à jouer maintenant avec plusieurs paradigmes, l’importance du partage sur les médias sociaux et le lien avec leur modèle d’affaire, l’engagement des lecteurs et leur fidélité, le référencement organique, les contenus assez riche pour être derrière un paywall, les liens avec les médias trads, les liens avec les véhicule promos trad, etc. etc.

    Personnellement, le possesseur d’une base de données contenant des contenus, à la source, de qualité, possède aussi un potentiel de revenus égal à sa diversité et à sa richesse. Les médias sociaux, les blogues et forums, comme les différentes plateformes mobiles ou les médias trads, sont autant d’outils alors à considérer dans une stratégie globale d’affaires. Mais les choses changent vite! On verra demain!

  7. Sylvain Guéguen 25 octobre 2011 à 17:20 #

    Comme certains l’ont déjà signalé, je ne comprends pas ce qui dans ce schéma permet d’arriver à une telle conclusion. Prendre en compte le fait que les unités de contenus deviennent des objets sociaux autour desquelles se greffe des interactions ok mais on ne peut pas aller au delà de ça. Il a été prouvé et c’est toujours le cas, des contenus de qualité permettent de développer une audience et d’optimiser la transformation. C’est dans ce contexte que les métiers de Copywriters se sont développés et continue à se développer outre atlantique…

  8. Isabelle 27 octobre 2011 à 22:08 #

    Même si nous n’avons pas attendu l’avènement des médias sociaux pour constater que l’information était une commodité, il n’en reste pas moins que l’information originale demeure un élément distinctif de toute organisation qui prétend connaître son sujet 😉

  9. Martin Lessard 30 novembre 2011 à 05:03 #

    Sylvain, Isabelle, au-delà de mon titre un (tantinet) provoquant (car du «bon» contenu aura toujours une «certaine valeur») je tenais à mettre en garde ceux qui «publient du contenu» en pensant «créer de la valeur» que la surabondance a «commodifié» le contenu à un tel point que, comme les boîtes de petits pois sur une étagère, dont leur contenu a probablement moins de valeur pour me faire faire prendre un choix que l’emballage ou le prix, le contenu est, à qualité égale, assez interchangeable.

    Le niveau de qualité entre Wikipédia et le Larousse est peut-être moins important que l’accès au contenu ou sa place dans le paysage social.

    Si en allant au supermarché, le choix du magasin est donné par le fait qu’il y a des petits pois à l’intérieur, une fois rendu à l’intérieur, le choix de la marque a peu à faire avec la réelle qualité du contenu.

    J’émets l’hypothèse qu’avec l’avalanche de contenu, la source de ce contenu (sa réputation, sa crédibilité, sa proximité, sa familiarité, etc.) jouera un facteur plus grand. Déjà l’information locale a préséance sur l’information internationale. De grandes sources d’information («de qualité») ne font pas le poids avec les sources «populaires»

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