Mythologies de la connaissance [2]

(2ième de 3) Voir première partie : Le mythe de l’apprentissage à distance

Nous sommes dans un monde où la production, le traitement et la diffusion d’informations exponentielles nous font subir une surcharge informationnelle intolérable. Il est normal que l’on doive se fier à des tiers pour se tenir au courant.

Le New York Times fait partie de ces joueurs sur lesquels on peut compter. Mais quand ils emploient des méthodes marketing pour nous inciter à nous abonner, ils utilisent une méthode qui joue sur notre faiblesse à évaluer la valeur des choses en quantité de temps.

Hier j’abordais la mythologie de la connaissance en pointant du doigt ceux qui pensent que l’apprentissage peut se faire n’importe où. Aujourd’hui, je pourfends ceux qui pensent que l’on peut apprendre tout le temps.

2-Le mythe de l’apprentissage en tout temps.

Par apprentissage, j’entends cet acte d’apprendre une nouvelle information, de la digérer et de pouvoir la placer correctement dans sa carte mentale afin de faire coïncider le monde perçu avec notre vision a priori. Je dépasse en fait largement le cadre pédagogique.

Mais cette invitation à un abonnement à domicile ci-jointe, trouvée dans l’édition du New York Time de dimanche dernier, insiste sur le bénéfice de « rester au courant grâce au journal ». Comme si le contraire, le fait de l’acheter sporadiquement le journal, faisait de moi une épave à la dérive dans le déluge informationnel.

Il apparaît clair pourtant « qu’être dans le courant » nous force à rester à fleur d’eau, alors que de la rive il nous semble qu’on possède une vue d’ensemble plus stable.

La source qui donne toujours soif
S’abreuver d’information demande du temps pour digérer. Il est peut-être derrière nous le temps où « il était possible de tout suivre l’actualité ». Et non devant. Aujourd’hui on oublie que si l’accès à l’information n’est plus un frein, le temps lui, mes respects à Einstein, n’est pas extensible.

Si absorber l’information prend déjà une certaine somme de temps en soi, il y a nécessairement un autre moment supplémentaire qu’il faudra dédier pour analyser, réfléchir et emmagasiner l’information correctement. On oublie vite que si nous sommes entrés dans la soi-disant ‘société de l’information’, il n’y a pas eu d’extension à l’horaire pour consommer et digérer toute cette nouvelle information.

Les médias ont décuplé leurs offres depuis les deux dernières décennies. Les outils de communications ont envahi chaque pli de notre sphère privée. La quantité d’information retournée sur un sujet dans les moteurs de recherche est elle-même impossible à digérer (aux dernières nouvelles, il y avait 88 900 résultats pour « zéro seconde » sur Google).

Le temps ce n’est pas de l’argent
Le mythe qu’apprendre ne prend pas de temps est faux. Vous avez tous expérimenté l’achat d’un livre, d’une revue ou d’un journal, (ou l’impression de grande quantité de pages web) pour vous rendre compte que vous n’aviez pas plus de temps pour le lire. L’avoir dans les mains ou sur les tablettes du marchand ne change strictement rien au fait que votre horaire est inextensible, même si votre budget financier peut l’être : la compréhension du contenu du livre vous est aussi inaccessible que si le lanciez au fond du plus profond des ravins. Le temps n’est pas monnayable. (La raison que vous ne vous donnez pas le temps pour le lire relève d’un autre ordre).

Learn anytime
Comment peut-on rester ainsi toujours « au courant » (« in the know »)? Nécessairement, il nous manquera toujours quelques choses à savoir. C’est infini. L’accroche de la pub joue sur la tendance très humaine à ne pas maîtriser le calcul avec les « infinis ».

Si vous manquez 5 jours de nouvelles, rapporté sur l’infini, ce n’est pas vraiment moins que manquer une journée: ce n’est toujours qu’une différence de degré d’infini. La différence entre 1 divisé par l’infini et 5 divisé par l’infini tend vers zéro.

Faites le calcul, il y a 86400 secondes dans une journée, divisée par toute l’information disponible en ligne et ailleurs (simplifions : une infinité d’informations), le temps consacré pour chaque information tend vers… Zéro Seconde.

Prochain billet : 3- Le mythe de tout apprendre

Conférencier, consultant en stratégie web et réseaux sociaux, chargé de cours. Nommé un des 8 incontournables du Montréal 2.0 (La Presse, 2010). Je tiens ce carnet depuis 2004.

3 réponses à “Mythologies de la connaissance [2]” Subscribe

  1. Aurélien Pelletier 22 novembre 2006 à 07:34 #

    Bravo pour la chute! Tout comme dans le billet d’hier j’ai beaucoup apprécié l’expression « le savoir-faire du savoir-apprendre ». Désolé pour ce commentaire qui ne contient pas beaucoup d’informations et encore moins de connaissances. Disons que c’est un encouragement pour écrire la 3eme partie que j’attends avec impatience.

  2. Martin Lessard 22 novembre 2006 à 18:34 #

    Merci Aurélien. Tout au contraire. Ton commentaire contient bcp d’information. Le premier est l’appréciation. Et c’est de ça que les blogeurs se nourissent. Merci!

  3. Sylvie Le Bars 23 novembre 2006 à 12:02 #

    Merci pour ces deux premiers billets.
    Ce que je trouve insidieux dans l’abonnement à un journal c’est le fait de disposer physiquement de l’information et de ne pas trouver le temps d’en prendre connaissance. Ces journaux qui s’accumulent constituent un rappel constant de notre « surcharge ». Le problème est identique avec les fils RSS qui eux aussi s’accumulent… Une impression d’étouffement.

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