Du journalisme sans journaliste

Je suis du coin de l’oeil le développement du journalisme à l’ère de réseau. Je m’intéresse plus particulièrement à l’arrimage entre les médias et le réseau en traquant la façon dont l’écosystème se modifie.

Pour l’instant, comme chroniqué, ici, sur mon blogue sous la catégorie Journalisme, on a pu voir comment lentement les deux sphères se sont rapprochées, et de quelle façon la greffe a pris.

Je crois qu’un «nouveau journalisme» émergera de cette rencontre. Ce terme est celui utilisé pour nommer les nouvelles pratiques journalistiques, pas nécessairement pour annoncer la mort ou le replacement du journalisme actuel en tant que tel. Le journalisme traverse une crise qui a débuté bien avant le Web mais qui s’est accélérée avec celui-ci.

Nul n’est journaliste en son pays

Les journalistes membres de la Fédération des journalistes du Québec (FPJQ) iront à leur congrès annuel la fin de semaine prochaine. Gageons avec eux qu’ils n’avaient pas en tête cette image du «nouveau journalisme» tel que décrit par Stéphane Baillargeon dans son article de ce matin intitulé Les Kleenex de Québecor:

«Un journal sans journalistes, sans pupitreurs et sans photographes se prépare. À partir de maintenant, le contenu rédactionnel de 24 Heures – Montréal sera en bonne partie fournie par l’agence QMI, dont le JdeM, puisque les deux médias couvrent le même territoire. Le tout nouveau patron du journal gratuit vient aussi du journal payant. »

Mais peut-on être surpris? Les journaux comme le Journal de Montréal (JdM) sont complètement court-circuités par les médias sociaux. Vous voulez voir du gore ou du trash en première page? Pas besoin d’attendre le lendemain matin. Vous avez déjà tout reçu sur Tweeter ou Facebook. Et sous plusieurs angles. Merci au «journalisme citoyens». Quel intérêt d’avoir une photo de Kaddafi mort, si on a pu le voir se faire massacrer en direct sous des caméras cellulaires la veille (voir mon billet : Le retour de la brutalité en temps réel).

Ce type de «journalisme» a complètement été submergé par les réseaux sociaux.

Follow, baby, follow

Mais ce journalisme n’est pas mort pour autant. Il se transforme. Il fait maintenant des « reportages » ou des « sondages » pour surfer sur «l’indignation rampante». Ça existait avant, ça va simplement s’accélérer. Le « data-journalisme » sous forme d’épluchage de compte de dépense ou en fouillant les poubelles, ça c’est quelque chose que le «journalisme citoyen» ne fera pas facilement. Ça, c’est une opportunité. Et vous en verrez de plus en plus.

Qu’un lectorat s’y abreuve est un tout autre débat.

Qu’ensuite on automatise le tout, en employant le moins possible de personnel, n’est qu’une conséquence d’une vision industrielle de l’information comme commodité. La «nouvelle jetable» est rentable… si on contrôle toute la queue de la longue traîne. Ce que Québécor tente probablement de faire.

Je n’avais pas nécessairement ça en tête quand je me réjouissais de la greffe entre les grands médias (terme que je préfère à média traditionnel) et les médias sociaux (terme pour signifier toute plateforme permettant une autoproduction et une autodiffusion d’information).

À ce niveau, il n’est plus question de savoir si les médias sociaux sont des parasites ou non des grands médias. Avec ce «nouveau journalisme» qui s’installe dans cette partie de la sphère journalistique, on est passé à une fusion symbiotique. On ne sait plus qui se nourrit de qui.

Conférencier, consultant en stratégie web et réseaux sociaux, chargé de cours. Nommé un des 8 incontournables du Montréal 2.0 (La Presse, 2010). Je tiens ce carnet depuis 2004.

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