Le domaine des loups

Suite à mon récent billet sur les adresses Internet en .xxx, je vous donne mon point de vue. Un tel suffixe suscite d’ample débât. C’est qu’il se révèle être un problème culturel et non technologique. La preuve? le suffixe .tel a été adopté sans aucune vague le même jour.

Si prendre une adresse .xxx reste volontaire, franchement il n’y aurait pas de quoi fouetter un chat.

Mise à l’index 2.0
Mais qui peut me garantir que ça le restera, volontaire? Qui peut me garantir que gouvernements ou des groupes de pressions ne vont pas utiliser ce moyen pour formaliser la définition de ce qui est porno ou non et en profiter pour l’étendre au delà du raisonnable. Où se situe www.checkoutmybreasts.com? Est-ce que l’art chic porno en fait partie?

Revers de situation pourtant, un accès volontaire diminue grandement la raison d’être du suffixe. Dans ce cas, ça devient innoffensif : avoir .xxx est aussi explicite que les noms actuels qui finissent par .com. Un site porno est un site porno : on n’a qu’à lire le url et on sait à quoi s’en tenir. L’ajout du .xxx est superflu.

redlight.xxx
Alors avoir ce triple x ne serait qu’une façon, par d’autres moyens, de gérer une « marque » et de se créer un « marché » (un « red light » pour l’industrie du pr0n ). Et ici, les compagnies d’enregistrement de noms de domaine (les registrars) y gagnent, car plusieurs compagnies, pour des raisons de gestions de marque, acheterons leur noms en .xxx pour éviter de se le faire squatter (IBM, Microsoft).

Le problème est foncièrement morale. Oui. Ajoutons un .xxx. Et moi je pourrai bloquer l’accès sur mon router à ce suffixe pour « protéger » mes enfants. Mais je ne les protégerai pas vraiment, car il restera toujours des loups dans le bois des .com

maison-en-pain-d-epices.kid
Si c’est pour protéger les enfants (et qui n’est pas sensible à ça?) alors ne devrait-on pas avoir un .kid? Mais alors on inverse le problème, et la problématique du contrôle du contenu recommence.

Filtrer, ça passe par votre communauté, votre famille. Chaque communauté devrait se créer son filtre parentale. Décentralisons le problème! Responsabilisons-nous face au contrôle de notre propre culture.

Le .xxx ne résout pas l’accès impromtu à du porno, c’est un « tag » global pour « auto-identifier » du contenu particulier. Mais comme l’a montré les .org (et la folksonomy des tags), le flou s’installe rapidement et l’illusion technocratique des catégories pures s’estompent rapidement.

Pour vous faire une tête:

Billet original sur http://zeroseconde.com

ZEROSECONDE.COM (cc) 2004-2012 Martin Lessard

Contenu protégé selon la licence Paternité – Pas d’utilisation commerciale – Partage des conditions initiales à l’identique 2.0 de Creative Commons

Conférencier, consultant en stratégie web et réseaux sociaux, chargé de cours. Nommé un des 8 incontournables du Montréal 2.0 (La Presse, 2010). Je tiens ce carnet depuis 2004.

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