Les prisonniers de l’expérience

V ous voulez découvrir Montréal lors de votre prochain passage? ou vous ne savez pas comment organiser votre soirée? Allez sur madeinmtl.com (« Made in Montréal »), « L’opérateur urbain » -visite et tourisme- made in Montréal.

Ce petit bijoux en flash vous permet de formuler vos recherches afin de créer votre propre itinéraire selon vos envies : « je veux (danser | manger | boire | dormir | apprendre | etc) (entre amis | toute la nuit | etc) ». Allonger la liste, pas de problème. Le site vous optimisera le chemin entre chaque lieu qu’il vous proposera. Photos, adresses, descriptions. Tout y est!

Le graphisme est excellent, la programmation épatante et le contenu étonnamment bien fournie (et bilingue !). Blue Sponge a fait là un travail remarque, tout simplement remarquable.

Malheureusement nous avons encore là une victime de l’effet diligence.

Les premiers wagons ressemblaient à des diligences et les premières automobiles, à des voitures à cheval. Les mentalités, habituées à des techniques désormais dépassées, utilisent les nouveaux outils avec des protocoles anciens, c’est ce que Jacques Perriault appelle l’effet diligence.

Ne vous méprenez pas. Je réaffirme que ce site est un petit bijoux que je recommande de mettre dans vos signets. Blue Sponge (qui va gagner de prix avec ça) a fait sur le web ce que nous rêvions tous de faire… il y a dix ans : du CD-ROM sur le web.

Le CD-ROM c’est le paradis du contrôle usager et de son interface.

Malheureusement l’information est prisonnière de cette expérience usager: pas moyen de faire des bookmarks, pas de fils RSS, pas moyen de copier le texte (sauf si on sort de l’expérience en cliquant sur imprimer : une liste banale en comparaison s’affiche platement), pas moyen de garder une photo, pas moyen de lire ou de laisser un commentaire. Faites une recherche sur Google : jamais vous ne retrouverez quoi que ce soit derrière le splash screen. L’information est jalousement cachée par le garde barrière Flash.

En construisant ainsi le site, les promoteurs se sont trompés de modèle: ils ont construit une vitrine (mais quelle vitrine!) comme un magasin avec pignon sur rue. Maintenant ils sont pris avec les mêmes problèmes qu’un magasin en brique et mortier mais…dans une « ville de 18 milliards de rues ».

Ils ont construit un « produit traditionnel » et comme tout produit traditionnel il faut maintenant le vendre avec des « techniques traditionnelles »: publicité, force de vente, marketing direct, promotion, branding.

Faut-il le répéter? La communication d’un produit ne se fait pas par pensée magique. Et ne comptez pas sur l’effet « viral », ça marche pour The Meatrix (parce que c’est un « message ») mais pas pour un produit touristique (parce que c’est une « destination »). Je doute que le budget pub soit à la hauteur — quand on imprime des catalogues quadricolor papier glacée, le travail ne fait pourtant que commencer : il faut aussi les distribuer…

Le produit touristique est l’exemple type de ce que j’écrivais récemment sur la findability : « You can’t use what you can’t find. » Quand « l’usager ne sait pas ce qu’il cherche« …la probabilité qu’il trouve votre produit (votre URL) est de 1 sur le nombre de sites qu’un engin de recherche retourne (« Montréal » retourne 9 millions de page sur Google). Avec des mots stratégiques aussi vagues, madeinmtl.com nage à contre courant.

La leçon à retenir? En 2005, faites éclater la coquille! Libérez les informations, elles sont les meilleures embassadrices de votre site. Elles vont sillonner le web, se loger dans les engins de recherche, morceau par morceau. La granularité de l’information va jouer pour vous car plus la requête de l’usager sera précise plus votre info, naturellement, sera pertinente. Vous décuplez ainsi la force de Google en votre faveur et augmentez les chances que l’on tombe sur votre site…C’est ça être sur le réseau en l’an 2000! interrelié, ouvert, distribué.

Billet original sur http://zeroseconde.com

ZEROSECONDE.COM (cc) 2004-2012 Martin Lessard

Contenu protégé selon la licence Paternité – Pas d’utilisation commerciale – Partage des conditions initiales à l’identique 2.0 de Creative Commons

Conférencier, consultant en stratégie web et réseaux sociaux, chargé de cours. Nommé un des 8 incontournables du Montréal 2.0 (La Presse, 2010). Je tiens ce carnet depuis 2004.

Une réponse à “Les prisonniers de l’expérience” Subscribe

  1. Martin Lessard 9 décembre 2004 à 22:19 #

    Sylvain, avec qui j’en avais discuté lors du lancement du site aurait dit la même chose mais en moins de mots : ‘Information want to be free »

Laisser un commentaire

5 points pour bien bâtir votre auditoire

À la question «Quels sont les éléments les plus importants pour bâtir son audience» posée par Olivier Lambert, j’avais répondu […]

Changement de cycle [4] / Internet est mort, vive les internets

Toute transition laisse apparaître par décantation les éléments moteurs qui alimenteront le cycle suivant. Ce billet clôt une série de quatre sur le changement de […]

Zéro Seconde a 10 ans!

En février 2014, mon blogue a soufflé ses 10 bougies. C’est une décennie complète à observer les impacts du numérique sur […]

Changement de cycle [3] / Deep Learning, robots et AI: à qui appartiendra l’économie de demain?

Changement de cycle [1]: Élites hors circuit numérique Changement de cycle [2] / Élites? Quelles élites? Changement de cycle [3] […]

Les médias sociaux en entreprise

Je vous invite au lancement de mon livre “Les médias sociaux en entreprise” que j’ai co-écrit avec Marie-Claude Ducas et Guillaume Brunet. Dépêchez-vous de […]

Pourquoi bloguer (dans un contexte d’affaires)

Voilà la couverture du livre dans lequel j’ai écrit le premier chapitre « Bloguer pour influencer ». Il est maintenant en pré-vente […]