Reality check 1: Blogosphère et sphère publique

S ébastien Paquet fait une demande spéciale : lui envoyer par écrit nos commentaires d’encouragement et, surtout, avec un petit mot décrivant comment sa contribution à la blogosphère a été d’un intérêt réel pour ses lecteurs.

Après près de 3 ans d’explosion, la blogosphère atteint les premières frontières de la sphère publique, la réalité du monde physique hors ligne : Sébastien se fait demander entre autres, disons-le cruement, à quoi a servi son blog. Évidemment, (les posts s’envolent, les papiers restent) Sébastien n’a que sa base de donnée à fournir comme preuve. Mais est-ce vraiment une preuve? Voyons davantage…

Une preuve dans le monde des subventions se mesure avec des « métriques » statistiques fiables et reconnus. Le nombre d’article paru, le nombre de livre publié, le nombre de colloque ou le nombre de citation. Il est possible de comparer que M. Xyz en a fait « plus » que Mme Abc sur cette simple base. Pourquoi? Parce que le fonctionnaire qui rapporte l’information peut la donner à son patron qui dispose ainsi de données « objectives » pour juger. Que le fonctionnaire soit en mesure de dire, subjectivement, le mérite de chacun, le système ne le permet pas. Pour la simple et bonne raison que le patron (ou le patron du patron – ou un autre directeur dans un autre département) ne peut pas « valider » la mesure subjective. Et surtout ne peut pas la justifier et encore moins la défendre. Et là le bât blesse. Là haut, le patron a besoin de données « objectives » pour défendre son département ou son programme. Ce système règnera aussi longtmeps que nous n’insèreons pas une confiance partagée entre tous les acteurs.

Et nous voilà au cas de Sébastien. Le blog n’est pas un problème en soit. Comme je l’ai dit, sa base de donnée peut être suffisant. En autant que quelqu’un veuille bien prendre la peine de fouiller – et le blog n’est pas l’outil idéal malgré sa fonction d’archivage développée – tout simplement parce que les archives se consultent sur la base de « serentipité » ou chronologiquement – pour un rapport d’efficacité on repassera-.

Mais alors où est le problème de Sébastien? Pas dans son blog. Plutôt dans l’absence de blog chez tous les autres. Comment peut-il être comparé s’ils n’ont aucun blog à leur actif ?

La blogosphère entre dans son premier contact avec la réalité. Son expansion doit maintenant passer par un « reality check », la première frontière est atteinte : si dans la blogosphère, les règles avaient changés et de nouvelles façons de communiquer apparaissent, la « réalité » demande une table de correspondance pour intégrer ce nouveau phénomène. Car la nouvelle frontière, malgré tout ce que l’on pense et tout ce que l’on dit, n’est ni plus ni moins que une réalité déjà présente traduite en d’autres termes, C’est à dire, le blogosphère, fait avec des humains pour des humains, obeit à des lois humaines. Elle n’est donc pas en dehors de la réalité, de la même façon qu’il y a dix ans Internet n’a pas redéfinie la loi et l’économie mais s’inscrivait dans la société.

Nous sommes en train d’observer la membrane de la blogosphère entrer en contact avec celle de la réalité. Le blog s’insère dans le monde et elle devra trouver sa place. Et nous pourrons enfin rattacher ce phénomène à la réalité et la décrire sans faire abstraction de l’ensemble du reste de la communication humaine – qui est infiniment plus vaste.

Billet original sur http://zeroseconde.com

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Conférencier, consultant en stratégie web et réseaux sociaux, chargé de cours. Nommé un des 8 incontournables du Montréal 2.0 (La Presse, 2010). Je tiens ce carnet depuis 2004.

Une réponse à “Reality check 1: Blogosphère et sphère publique” Subscribe

  1. Sebastien 22 juin 2004 à 22:01 #

    Il y a quand même certaines métriques globales (bien qu’aucune ne soit parfaite) qui permettent de jauger à quel point un weblog est reconnu et pris au sérieux. Par exemple les profils de Blogstreet fournissent un rang basé sur les liens reçus, e.g. http://blogstreet.com/bin/profile.cgi?url=http%3A%2F%2Fradio.weblogs.com%2F0110772&x=0&y=0
    et des sites comme Share your OPML dénombrent les abonnés aux fils XML, e.g. http://feeds.scripting.com/rankings

    Fait à noter, ces métriques « objectives » donnent un portrait bâti à partir d’une multitude d’évaluations subjectives. Les métriques académiques traditionnelles (e.g. # d’articles publiés) fonctionnent similairement, sauf que les seules personnes qui ont voix au chapitre sont les gens académiques déjà établis. Les étudiants et le monde non-académique sont exclus, ce qui change beaucoup la dynamique.

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