#Internet + #BigData = Big Brother

La plus grande démocratie du monde espionne ses propres citoyens à une échelle inégalée. Bravo, USA. Maintenant ça confirme qu’ #Internet + #BigData = Big Brother

Les atomes des pixels de mon dernier billet sur Triplex n’étaient pas encore stabilisés en ligne qu’un scandale d’une ampleur inégalée a détourné le sens de ma première phrase: «La Maison-Blanche à Washington a le mérite de mettre ses priorités à la bonne place.»

Alors que mon billet était axé sur la cybersécurité inter-état et sur l’espionnage commercial par Internet, sujets de discorde entre la Chine et les États-Unis (où évidemment, dans le rôle des vilains, se trouvent les Chinois) voilà que l’actualité inverse totalement le sens des enjeux de cybersécurité.

La plus grande démocratie du monde joue au Big Brother avec ses propres citoyens !

Une agence de sécurité américaine espionne tous, je dis bien tous, t-o-u-s, tous les abonnés du plus grand service de téléphone au pays!

Je vais le reformuler comme le titre de l’article du Guardian qui a déterré le scandale: Le National Security Agency collecte toutes les données téléphoniques de millions d’Américains, quotidiennement.

Une note pour ceux qui lisent en diagonale: je n’ai pas écrit « de millions de terroristes », j’ai écrit « de millions d’Américains ». Indistinctement. Juste parce qu’ils sont abonnés à Verizon.

Par où le scandale est arrivé

L’article qui a tout dévoilé se trouve ici:  (The Guardian) Verizon court order: NSA collecting phone records of millions of Americans daily

L’ordonnance secrète du 25 avril qui force Verizon à trahir tous ses abonnés est ici: Verizon forced to hand over telephone data – full court ruling

Le NSA a un accès illimité aux données concernées, pour une période comprise entre le 25 avril et le 19 juillet. «Les données comprennent le lieu, la date et la durée des appels nationaux et internationaux, ainsi que les numéros de téléphone qui y ont participé. L’agence n’a, en revanche, pas connaissance du contenu des conversations.» (Le Monde)

Prenez vos paris. Quand allons-nous apprendre que les autres réseaux de télécommmunication sont sous une ordonnance similaire?

2013, 1984, même combat

Il peut être justifié qu’un service secret de sécurité fasse des choses secrètes dans le cadre de la sécurité de l’État (sinon on n’appellerait pas ça Service Secret de Sécurité). Mais il semble que les lois en place, dont notamment le Patriot Act, permettent à tous les petits potentats des services secrets, et probablement au chef de l’État lui-même, de jouir de pouvoirs qu’Orwell imaginait dans son livre 1984.

Les données recueillies dans le scandale d’aujourd’hui permettent de faire un « Social Graph », grâce au Big Data. La teneur des contenus téléphonique n’est pas connue, mais il est possible de faire une carte des liens entre les personnes comme on fait une carte des noeuds sur un réseau.

Si le faire pour le téléphone est maintenant possible, imaginez sur Internet! (voir la liste des mots « interceptés »).

Malheureusement, en demandant d’espionner tout le monde, sans distinction, la première démocratie vient de discréditer tous les cyberoptimistes. Dorénavant, la technologie connectée signifie perte de vie privée, limite des droits et surveillance. Tout réseau devient suspect!

Si ça arrive dans un pays qui représente la quintessence de la démocratie, imaginez ce que les compagnies techno + telco fournissent comme données dans les oligarchies autoritaires dans les coins sombres du monde.

Pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour trouver des ordures, il y a probablement déjà dans votre coin de pays, quelqu’un qui vous espionne. (C’est tellement facile sur Internet. On le savait, mais on imaginait encore que dans une démocratie on le ferait avec distinction…)

Et si ce n’est pas le cas, de toute façon, tous les services en ligne que nous utilisons sont américains, ou sont hébergés chez les Américains, ou passent par leur territoire. Nous sommes tous Américains, comme l’écrivait Le Monde le lendemain du 11-Septembre.

Quelle ironie! 12 ans plus tard, c’est vrai, mais plus par solidarité devant l’adversité. Par le réseau.

[Mise à jour 1 : Suite à une discussion avec Claude Théoret sur Facebook, j’ai ajouté les références dans le texte permettant de lier l’abus de #Verizon avec abus sur #Internet. «Tout réseau devient suspect!» + lien vers les mots-clés « interceptés » sur les médias sociaux et le web en général.]

[Mise à jour 2 : Pour éviter l’amalgame facile Big Data = Big Brother, je précise que le Big Data (de type white hat) permet d’éviter les faux-négatifs (une grande quantité de données permet de filtrer plus finement, et donc de faire moins d’erreur de diagnostic. Même si ça peut faire peur). Mais avec le coup de Vérizon, le Big Data devient black hat et sert à ficher/profiler tout le monde…]

Conférencier, consultant en stratégie web et réseaux sociaux, chargé de cours. Nommé un des 8 incontournables du Montréal 2.0 (La Presse, 2010). Je tiens ce carnet depuis 2004.

Une réponse à “#Internet + #BigData = Big Brother” Subscribe

  1. espritlogique 11 juillet 2013 à 11:43 #

    Depuis l’affaire Snowden, on a découvert l’espionnage massif et mondial du gouvernement americain avec PRISM.

    http://espritlogique.wordpress.com/2013/07/05/obama-represente-la-grosse-tache-noire-des-prix-nobel-de-la-paix/

    Ça été une relative surprise. Ça m’aurait moins étonné du gouvernement chinois ou russe.

    A propos de 1984, Apple avait utilise cette ref. dans une pub anti-IBM et fini par collaborer en 2012 a cet espionnage massif. De quoi rire jaune….

    Énorme scandale et ce jeune américain a été très courageux.

    Paul

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