Lectures de 2004

C inq suggestions pour le temps des fêtes, pour ceux qui aiment lire à l’ancienne (sans plug-in, ni download, juste avec du papier low-tech) voici mes lectures favorites de 2004.

(#ideologie)

DE L’IDÉOLOGIE AUJOURD’HUI – Analyses, parfois désobligeantes, du « discours » médiatico-publicitaire. François Brune – éditions Parangon, 2004, 192p.

L’idéologie ambiante se donne l’apparence d’une simple réalité indéniable, unique et objective, de l’ordre des choses, et mène inexorablement à la pensée unique. Elle dissimule la complexité du monde plutôt qu’elle ne le révèle.

François Brune, comme Guy Debord dans « Le monde du spectacle » il y a 30 ans, mais avec des mots clairs et précis, déscilleront les yeux à tous ceux qui pensent encore que nous vivons une « époque formidable ». Take the red pill et lisez ce livre.

« Effet de sélection du réel par le choix de l’image, qui occulte tout ce qui est hors champ ; traitement journalistique qui fait mine de constater ce qu’il contribue largement à mettre en scène ; mythe du « progrès » qui nourrit une peur perpétuelle du « retard » ; métaphores biologiques et appels à la nature qui transforment des choix politiques en évolutions « naturelles » ; emprunts aux champs lexicaux sportif ou économique qui légitiment la logique de la compétition perpétuelle ; oxymores hypocrites, qui feignent de conjurer les rapports de force ; rhétorique publicitaire, qui occulte les conditions de production des marchandises (et les conditions de vie de ceux qui la produise), comme l’information objective sur les qualités et l’intérêt du produit … » (Arnaud Rindel)

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QuiEst François Brune

Résumés du livre (75, 162, 217 mots)

– Chapitre « Images (publicitaires) : le bonheur est dans l’illusion » disponible en ligne.

– Article sur le Dysfonctionnement dans le Monde Diplomatique

– Extrait sonore sur la Pub, vecteur de l’idélogie (MP3) (vous aurez un bon aperçu de sa philosophie)

(#media)

LES MÉDIAS PENSENT COMME MOI – Fragments du discours anonyme. François Brune. L’Harmattan, 1997 • 173 p.

« L’individu moderne est dépossédé de lui-même par les médias. Un vaste discours anonyme parasite chaque jour sa pensée et sa parole. Il croit avoir des idées, et il ne fait que répéter les clichés à la mode. Il croit exprimer, et ses lèvres récitent les formules de tout le monde. Or, ce discours n’est pas neutre. Il forme une véritable idéologie, dont la finalité semble claire : dépersonnaliser le citoyen pour le soumettre aux impératifs de l’ordre socio-économique. »

Des milliers de phrases anonymes, dans les médias ou ailleurs, conditionnent chaque jour notre pensée et tout en feignant nous montrer l’état des choses la cache. « Être de son époque », pour mieux convaincre que vous ne pouvez changer les choses. « Réalisez votre bonheur », fuyez la réalité avec des modèles de réussite anonyme qu’il faut adopter pour devenir vous-même. « Le juste prix », vérité morale et conformité fonctionnelle, enlève l’arbitraire au « prix » pour justifier qu’il ne peut être remis en question (pensons au débât en cours sur le coût de l’électricité au Québec).

François Brune dissèque le discours ambiant repris dans nos sociétés de masses contemporaines comme Roland Barthes le faisait il y a 50 ans dans Mythologie pour la classe bourgoise. Un préalable indispensable au développement d’une parole personnelle.

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QuiEst François Brune

– « Les médias donnent à l’opinion un réel présélectionné »

– La Société des Mangeurs (Pour comprendre comment une expression descriptive devient prescriptive)

– Extrait : « Violence de l’idéologie publicitaire »

(#diamond)

GUNS, GERMS, AND STEEL – The Fates of Human Societies. Jared Diamond. Penguin, 1999, 480 p.

Pourquoi est-ce les Européens qui ont dominé la planète? Jared démontre point par point comment la géographie a pu façonner le destin humain, comment expliquer que l’histoire des Hommes ait pu différer d’un continent à l’autre. Il n’est nullement question de race, seulement d’environnement…

« History followed different courses for different peoples because of differences among peoples’ environments, not because of biological differences among peoples themselves. »

Les peuples qui ont dominé les plantes et les animaux plus tôt ont pu ensuite développer plus rapidement l’écriture, les gouvernements, la technologies, les engins de guerre et … l’immunité aux maladies…

« We’ve identified a series of proximate factors behind European colonization of the New World: namely, ships, political organization, and writing that brought Europeans to the New World; European germs that killed most Indians before they could reach the battlefield; and guns, steel swords, and horses that gave Europeans a big advantage on the battlefield. Now, let’s try to push the chain of causation back further. Why did these proximate advantages go to the Old World rather than to the New World? Theoretically, Native Americans might have been the ones to develop steel swords and guns first, to develop oceangoing ships and empires and writing first, to be mounted on domestic animals more terrifying than horses, and to bear germs worse than smallpox. »

Ici vous trouverez un bon aperçu du livre ici : « Why Did Human History Unfold Differently On Different Continents For The Last 13,000 Years? »

« Winner of the Pulitzer Prize, the Phi Beta Kappa Award in Science, the Rhone-Poulenc Prize, and the Commonwealth club of California’s Gold Medal« .

(#cybernetique)

L’EMPIRE CYBERNÉTIQUE – Des machines à penser à la pensée machine. Céline Lafontaine. Seuil, 2004, 235 p.

Ce livre m’a fait comprendre jusqu’à quel point la pensée intellectuelle des cinquante dernières années a été influencé par la cybernétique et qu’elle tend à s’opposer à l’héritage humanisme de la modernité.

Le caractère apolitique et antihumain du culte unificateur de la technologie montre qu’en assimilant le fonctionnement du cerveau à celui d’un ordinateur, on suppose implicitement l’idée que toute forme de hiérarchie entre l’homme et la machine se dissipe ou même se renverse en faveur de cette dernière. La cybernétique est la «science du contrôle et de la communication» et présuppose que tout comportement (humain ou non humain) s’explique fonctionnellement par rapport à un but (sa finalité).

La subjectivité du sujet autonome n’est plus que le résultat d’une interaction informationnelle avec son environnement (un support d’informations) et qu’on s’illusionne à penser le contraire (la machine n’ayant pas cette tare).

(Ce n’est pas sans rappeller la teneur du débât que j’ai tenue plutôt cet été sur l’intelligence artificielle. )

On devine que l’auteure se fait très critique face à cette mouvance, mais on est surpris de ne pas la voir expliquer davantage cet humanisme mourrant dont elle se réclame. Il faut tout de même reconnaître qu’elle a eu le mérite enfin de replacer historiquement en contexte le structuralisme, la post-modernité et le déconstructivisme. Il fallait l’oser : retrouver dans la pensée européenne des traces de filiation avec celle typiquement américaine de la cybernétique.

(#logique)

LA LOGIQUE ET LE QUOTIDIEN – Une analyse dialogique des mécanismes d’argumentation. Gilbert Dispaux. Les éditions de minuit, 1984, 188 p.

Livre trouvé par hasard dans ma bibliothèque à l’occasion d’un chamboulement causé par mon petit Arnaud. Injustement méconnu, malheureusement non-lu avant la semaine dernière, ce livre mérite une place particulière, entre autre par son âge (20 ans) mais surtout par son contenu.

Pour justifier une opinion, nous utilisons trois types: (1) le jugement d’observation, (2)le jugement d’évaluation et (3) le jugement de prescription. Les mots ne sont pas des choses et les énoncés ne sont pas des faits. Comment fait-on alors pour s’entendre, pour dialoguer?

La plupart des théoriciens préfère étudier les langues artificielles pour éviter d’analyser le discours « irrationnels » des humains. Ici l’auteur démontre que le choix du type de jugement entraînera quatre formes de dialogue : (I) de stratèges (où les normes ne sont pas remis en cause) (II) de spécialistes (où les critères sont mis en en cause), (III) d’idéologues ( où les valeurs sont en cause) et (IV) de sourds (où chacun ne peut quitter sa position -pensons aux politiciens durant un débât).

La vie quotidienne nous entraînent, sans que nous soyons toujours conscient, dans ces différents types de conflits caractérisés par des structures logiques découlants de ces quatre formes de dialogues.

Un résumé ne pouvant donner grâce, je compte bien en 2005 vous en dire davantage…

Billet original sur http://zeroseconde.com

ZEROSECONDE.COM (cc) 2004-2012 Martin Lessard

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Conférencier, consultant en stratégie web et réseaux sociaux, chargé de cours. Nommé un des 8 incontournables du Montréal 2.0 (La Presse, 2010). Je tiens ce carnet depuis 2004.

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